Jura Terre de Louis pasteur Dole / Arbois

Expo Microbiota

A partir du 10 juin, la maison natale de Pasteur présente en coopération avec le musée des beaux-arts de Dole l’exposition Microbiota, qui propose une réflexion plastique sur la place que nous accordons aujourd’hui à la science au sein de nos existences.

La maison natale présente notamment une création totalement nouvelle, intitulée Herbes noires, une installation fascinante et effrayante réalisée pour les 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl, qui  nous interroge sur la valeur symbolique que possède la science dans nos sociétés, et sur la peur qu’elle peut inspirer.

Depuis 1991, les artistes Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin collaborent sous le nom d’Art Orienté Objet, explorant avec patience, détermination, courage et humour rien moins que
le vivant dans sa totalité. Brouillant les frontières entre les règnes animaux, végétaux et
humains, ils cherchent et expérimentent, aux croisements de la biologie, de l’anthropologie, de
la psychologie ou de l’éthologie, depuis un territoire qui est celui de l’art, qui leur permet de
tout oser, de tout déplacer, de tout rapprocher pour faire surgir des formes et des vérités,
parfois dérangeantes, peut-être même terrifiantes.
Cela fait quelque temps qu’ils se passionnent pour le microbiote, ces milliards de bactéries
qui peuplent notre corps, notre peau, nos intestins. Ces « étrangers microscopiques » que
nous hébergeons, qui nous font vivre, ou nous parasitent, que nous détruisons à grands coups
d’antibiotiques, ou dont nous modifions complètement l’éventail en nous déplaçant d’un bout à
l’autre de la planète.
Invités à Dole, ville natale de Louis Pasteur, pour exposer au musée des Beaux-Arts et au
musée Pasteur, Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin ont pensé au jeune chimiste que
Pasteur fut, seul et déterminé face à une médecine enfermée dans ses présupposés et
incapable de fonder ses principes thérapeutiques dans des rapports de causalité. Partant de
leur propre confrontation au monde scientifique, ils ont imaginé une exposition quasi
thérapeutique, qui, à partir du constat de ce que nous faisons au monde, au vivant, à nous-mêmes,
rêve ou cauchemarde ce qui pourrait advenir, ce qui arrive déjà, et tente d’inventer
des processus de réparation.
Ce faisant, ils proposent un parcours qui boucle leurs obsessions « microbiotiques »
actuelles et leurs travaux plus anciens avec une logique évidente : replacer l’homme dans le
grand bouillon des espèces, du microscopique de la bactérie jusqu’à l’infiniment grand qui
nous dépasse, vers des ailleurs qui seraient à la fois l’impensé de l’univers, l’ouverture vers la
mort, la vision d’autres mondes possibles. D’un invisible à l’autre donc.
Il faut de l’humour évidemment, autant que de l’engagement pour penser à la fois l’origine
du monde et sa fin programmée. De la bactérie primitive à la mutation des espèces animales,
et à l’appel vers un au-delà, les artistes nous amènent à penser l’ensemble du vivant dans sa
globalité, véritable invitation à nous resituer existentiellement.

Illustration : After man. Dessine moi un mouton, 2015
© Blaise Adilon